Les transports en commun

Les transports en commun à Lima sont l'objet de nombreuses critiques de la part des habitants. Il faut dire que c'est un chaos sans nom, avec de multiples entreprises se concurrençant sur les mêmes lignes, des véhicules délabrés et plusieurs centaines d'accidents par an. Mais pourquoi ?

Un "arrêt de bus" à lima

Lima n'a jamais bénéficié d'un système de transports en commun correctement planifié, et connaît des problèmes depuis longtemps. 1991 a été un tournant avec la libéralisation totale des transports en commun par le président Fujimori : n'importe quelle personne naturelle ou juridique pouvait désormais offrir un service de transport en commun avec n'importe quel type de véhicule, à l'exception des camions et des 2 roues... (Decreto Legislativo 651). Suite au chaos engendré la municipalité de Lima a instauré en 1997 un système de concession pour officialiser les lignes de transport en commun (Ordenanza 105, PDF).

Un mini bus dépose un passager au milieu de la voie.

Le résultat de ce système ultra libéralisé et désordonné, ce sont environ 30 000 bus et mini bus qui se font concurrence dans les rues de la capitale, sans respect des arrêts officiels, des limitations de vitesse et du code de la route en général. Les responsabilités sont en effet soigneusement diluées entre différents acteurs :

  1. des entreprises concessionnaires officelles d'une ou plusieurs lignes. Plusieurs entreprises peuvent être en concurrence sur les mêmes lignes. Elles ne sont pas propriétaires des bus qui parcourent leurs lignes.
  2. les propriétaires des bus, qui payent auprès de ces entreprises le droit d'emprunter leurs lignes.
  3. les chauffeurs de bus, qui louent pour un montant fixe les bus à leurs propriétaires.

(source : La guerra del centavo. Una mirada actual al transporte público en Lima Metropolitana.)

Un chauffeur doit donc maximiser chaque jour le nombre de passagers transportés pour couvrir les frais de location et de carburant et réussir à réaliser un bénéfice qui constitue son "salaire". Il est incité à enfreindre la réglementation. Il va donc par exemple s'arrêter à n'importe quel coin de rue pour faire monter un passage qui l'a hêlé. De même il n'est pas rare de voir deux bus se faire la course pour atteindre en premier un croisement où de nombreux usagers attendent un bus. Ou à l'inverse rouler très lentement si son bus n'est pas assez rempli. Le tout de 12 à 14 heures par jour en moyenne, 6 jours sur 7.

Un bus en double d'autres pour atteindre en premier un croisement.

Les chauffeurs ont le status d'indépendant et n'ont aucune relation salariale avec les propriétaires de bus ou les entreprises concessionnaires des lignes. Les propriétaires et les entreprises ne se responsabilisent donc pas des accidents provoqués par les chauffeurs. Le système judiciaire et policier étant ce qu'il est au Pérou, les risques courus par ces différents acteurs sont minimes. La presse fait régulièrement état d'accidents mortels provoqués par des bus où finalement personne n'est déclaré coupable (Semanario Hildebrandt en sus trece, 19 août 2011, page 7).

La nouvelle municipalité a engagé une réforme pour améliorer le système (Ordonanza 1338, PDF). Il s'agit d'obliger les entreprises concessionnaires des lignes a être propriétaires de bus, et à salarier les chauffeurs de ces bus. Elles seront légalement responsables des accidents provoqués par leurs chauffeurs. L'objectif est de les obliger à assurer des conditions de travail correctes à leurs chauffeurs, pour que ces derniers ne soient plus poussés à enfreindre la réglémentation pour gagner leur vie.

Le risque politique d'une telle réforme est élevé, car elle suscite de fortes oppositions de la part des entreprises concessionnaires et les modifications de comportement qu'elle engendrera peuvent être impopulaires (par exemple accepter de marcher jusqu'aux arrêts officiels au lieu d'avoir un bus qui s'arrête devant soi à n'importe quel endroit de la chaussée). Plus généralement dans une campagne politique au Pérou il est plus facile pour un candidat de valoriser des oeuvres de construction (routes, ponts, hôpitaux...) que des réformes structurelles.

Outre les bus, les taxis mériteraient aussi un article... ça sera pour une prochaine fois ;)

Article mis en ligne le August 21, 2011